L'ostéopathie et les Karatékas adultes

L'ostéopathie et les Karatékas adultes

Publié le 11-06-2015, 16:59

Article – L’ostéopathie et les karatékas adultes

Cet article est basé sur le mémoire : « Étude de prévalence de dysfonctions somatiques chez une population de karatékas adultes » ; par Grégory Plana, ostéopathe D.O.

Le KARATE est un Art martial japonais qui fut introduit au Japon en 1922 à partir de l’île Okinawa par Gichin Funakoshi (1880-1957). En France, le nombre de karatékasest important, nous comptons environ 226 000 pratiquants.

On donne le nom d’Arts Martiaux, traduction littérale anglais de « martial arts », à toutes les activités physiques et mentales dont le but était d’autrefois l’entrainement aux arts et techniques de la guerre, avec ou sans arme.

Dans les pays européens, au départ, les Arts Martiaux orientaux ont pris leur essor comme technique d’autodéfense pour devenir graduellement des sports de combat. La pratique moderne avec son côté le plus spectaculaire, la compétition, a conduit à intégrer les Arts Martiaux dans un groupe plus large, celui des sports de combat.

 

Les différents types de Karaté

 

La pratique du KARATE est vaste, sont plus particulièrement pratiqués :

- le KARATE JUTSU : KARATE OKINAWAIEN

- le KARATE Contact : combat avec protections (gants, protège tibia et pieds)

- La Self Défense : application dans la vie réelle d’une partie des techniques enseignées dans le dojo (dans le cadre d’une agression)

- Le Kobudo : la pratique d’armes (BO : bâton long, JO : bâton court, BO KEN : Sabre de Bois)

- Le GO-KARATE (Combat libre) : Il s’agit d’une forme de combat où tout est autorisé. Ainsi aucune technique n'est interdite : étranglements, frappes mains ouvertes ou fermées, coups de pieds, de poings, de coudes, de genoux, piques, points de pressions, frappes au sol, projections, clefs.

Épidémiologie

Les blessures au Karaté peuvent toucher tout type de population : les adultes, les adolescents ou les enfants, de sexe masculin ou féminin. «

Tous les articles sur la traumatologie de ce sport se basent sur des études statistiques, montrant les différents traumatismes et les zones concernées. Les études ont été faites sur diverses populations, durant les entrainements et les compétitions.

1. Les facteurs de risque

L’âge
Le grade
La compétition ou entrainement

La compétition engendre d’importants facteurs de risque par rapport à l’entrainement :

- Vitesse et impact des chocs,

- Détermination des combattants,

- Envie de gagner et manque de contrôle,

Après la réalisation de tests ostéopathiques et la comparaison entre la population de karatékas et la population témoin, l’étude statistique révèle les dysfonctions spécifiques du karatéka.

2. Les dysfonctions spécifiques du Karatéka

Deux axes se dégagent de notre analyse.

Un axe central composé des tensions membranaires, des côtes supérieures, des thoraciques inférieures et de l’épigastre.

L’axe périphérique est composé, quant à lui, du membre supérieur droit, de la cheville et du pied droit, de la cheville et du pied gauche.

a) L’axe central

Les Tensions Membranaires

Plusieurs études ont montré que le crâne est une des zones les plus souvent atteintes dans les sports de combat. Les chocs peuvent également se répercuter sur les cervicaleset provoquer des dysfonctions sur la zone.

Les pratiquants en compétition sont d’autant plus exposés à ces traumatismes à cause de la répétition des frappes. Cette répétition peut avoir des répercussions mécaniques intracrâniennes et provoquer des tensions membranaires, pouvant entrainer des congestions au niveau des sinus veineux, et ainsi provoquer des céphalées.

Les côtes supérieures

De manière générale, le sportif a besoin d’avoir un apport important en oxygène lors de son activité physique. Ainsi, il met en jeu plusieurs structures : le thorax avec le sternum, les côtes, les thoraciques, le diaphragme et l’appareil cardio-pulmonaire.

Des dysfonctions costales supérieures peuvent avoir une répercussion sur ses performances et sur les ganglions orthosympathiques. De plus, une dysfonction de la première côte pourrait entrainer des troubles vasculo-nerveux, par l’intermédiaire du syndrome de la pince costo-claviculaire.

Pour soulager le patient, l’ostéopathe doit investiguer s’il y a une présence d’hypertonies au niveau des muscles inspirateurs et du subclavier. L’activité sportive demande dans certains cas une participation active de ces muscles inspirateurs accessoires, ce qui pourrait dans influencer et perturber les flux vasculaires et lymphatiques, induisant parfois des troubles vasomoteurs de l’artère ou veine sous-clavière. Le traitement ostéopathique sur la sphère pulmonaire, a également un effet positif en améliorant la mécanique ventilatoire.

Traiter ces régions anatomiques pourrait donc être bénéfique pour le Karatéka tant sur le plan respiratoire (amélioration de la qualité des tissus pulmonaires), que sur le plan neuro-végétatif ; augmentant ainsi les capacités sportives du patient.

L’épigastre

Tout sportif est amené à connaître des périodes de doute, de perte de confiance et de fortes périodes de stress, pendant sa pratique. L’investigation de la sphère émotionnelle est donc primordiale. Cette région est la localisation de dysfonctions tissulaires principales chez les Karatékas.

En effet, le foie possède une activité métabolique très sollicitée lors de l’effort physique. Il reflète la force ou la faiblesse du potentiel du sportif. L’ostéopathe peut donner des conseils alimentaires au pratiquant (éviter les facteurs pro-inflammatoires, par exemple) pour éviter l’apparition de dysfonctions hépatiques. Cela permet donc d’améliorer ses fonctions physiologiques et la qualité tissulaire même de l’organe. Des dysfonctions vertébrales, en rapport avec le foie, peuvent être également présentes.

De plus, le Karatéka doit avoir une ampliation thoracique importante lors de combats ou de katas. Le diaphragme, étant le muscle respiratoire principal, doit impérativement être libre de dysfonction somatique. Si l’une de ces coupoles est spammée, le Karatéka sera perturbé et ne sera pas en pleine possession de ses capacités.

Le sportif a tendance à se mettre dans un état d’ortho sympathicotonie : système nerveux favorisant la dépense physique au détriment d’autres sphères. L’ostéopathe pourrait donc intervenir lors des phases précompétitives, dans l’objectif de favoriser la régulation de ce système orthosympathique.

b) L’axe périphérique

Le membre inférieur

Le pied doit fréquemment s’adapter lors de la pratique du Karaté. Cependant, à distance, les dysfonctions au niveau des pieds, peuvent entraîner des phénomènes de compensation au niveau des chevilles.

La cheville est une articulation qui subit des contraintes élevées avec le poids du corps et l’énergie cinétique, lors des sauts répétés par exemple. En effet, les positions de base, les appuis, les impulsions et les déplacements, entrainent des phénomènes de compressions et de tensions importantes sur cette région anatomique. C’est une articulation très sollicitée lors de la pratique du Karaté et très fortement exposée aux traumatismes (notamment l’entorse grave de cheville).

Ces dysfonctions ostéo-articulaires, que l’on retrouve lors de tests ostéopathiques, peuvent s’expliquer par les contraintes mécaniques exercées systématiquement au niveau de cette région. De plus, la répétition de mouvements comme la frappe du pied, peuvent entraîner des enthésopathies des membres inférieurs, et plus précisément des tendinites d’Achille.

Lors des tests ostéopathiques, le praticien doit prendre en compte le système musculaire, le système myofascial des loges antérieures et postérieures de jambe, pouvant créer des contraintes sur les articulations des chevilles et des pieds. Ces systèmes jouent un rôle non négligeable dans la recherche de l’équilibre postural. La membrane interosseuse joue, elle aussi, un rôle essentiel dans la répartition des tensions. Elle sert de « fusible » lors des sollicitations intenses et de balance lorsqu’elle stabilise les articulations distales du membre inférieur. Ainsi, la présence de dysfonctions somatiques témoigne de l’importance des contraintes exercées localement, et de la nécessité de traiter l’extrémité des membres inférieurs du Karatéka lors de la pratique ostéopathique.

Le membre supérieur

Basé sur des techniques de percussion, la pratique du Karaté peut provoquer de nombreux traumatismes au niveau des membres supérieurs. Les premières zones exposées lors de la frappe ou lors d’un blocage sont le poignet et la main. La présence importante de dysfonctions peut être expliquée par la fréquence des entorses de poignet et des entorses de pouce à cause de la répétition des coups.

De plus, le complexe articulaire de l’épaule droite et le coude droit sont concernés aussi et exposés à d’autres mécanismes comme les chutes directes, les clés de bras ou encore des chocs reçus sur les articulations qui peuvent les mettre en contrainte. L’impact avec le poing entraîne une postériorisation de la tête radiale au niveau du coude, la répétition de ces impacts provoque des microtraumatismes au niveau de l’articulation et par la suite des enthésopathies.

L’ostéopathe doit redonner de la mobilité à ces régions, il doit vérifier toutes les articulations du membre supérieur (le complexe articulaire de l’épaule, le coude, le poignet/main), le système de contention actif et passif. Des hypertonies musculaires et des tensions de la membrane interosseuse peuvent être présentes et provoquer des dysfonctions somatiques. Les fibres les plus surmenées de la membrane interosseuse risquent d’évoluer vers la fibrose et d’affecter les structures vasculo-nerveuses. Si toutes ces zones sont en hypomobilité, les performances et capacités de combat du Karatéka sont diminuées, le membre supérieur est « l’arme du Karatéka ».

3. Conclusion :

Le Karatéka est donc sujet à de nombreuses contraintes physiques, dont il ne peut pas toujours s’adapter. L’ostéopathe intervient alors comme un support préventif, mais également par une approche curative. Par son analyse diagnostique, le praticien sélectionnera un type de technique adapté à chaque patient et à leur cas clinique. Plusieurs techniques peuvent être utilisées : les techniques articulaires de type HVLA, techniques fonctionnelles ou les techniques myotensives...

Par une prise en charge globale, l’ostéopathie permet de soulever les freins à un meilleur rendement physique, dans l’objectif d’une meilleure qualité de vie associée, mais également de prévention.